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  • éditorial de l’écureuil démasqué : à 45 mètres sous terre, rentrer chez soi

    écureuil...jpgVendredi dernier, casqué, muni d’une torche, chaussé d’escarpins de ville (pas moyen de remettre la main sur ces fichues bottines !), me voici prêt à une plongée en apnée dans les eaux noires de l’Histoire du Borinage. Outre d’en tirer une vidéo qui est actuellement sur le banc de montage, je me suis promis d’essayer tant bien que mal de relater les sensations physiques et autres émotions qui restent malgré très difficile à transmettre par Internet interposé.

    Mais d’abord : un petit bout d’histoire. Pour éviter d’exproprier de nombreux habitants ou de traverser par les voies classiques le populeux village de Frameries, la S.A. John Cockerill décida d’établir par voie souterraine une liaison directe en ligne droite entre les sièges n°3 Grant-Trait et n°10 Grisoeuil (Pâturages) et le nouveau lavoir du site du Crachet. Le tunnel, dont la plus grande profondeur (sous le Grand-Trait) est de 45 mètres (de la gnognote si on compare à la profondeur moyenne des puits d’extraction), fut mis en activité en 1955. A la fin des industries du charbon, on en bloqua l’accès, avant une longue torpeur que différents projets d’exploitation à des fins touristiques et de souvenirs ne sont jamais vraiment parvenus à troubler.

    entréeCP.jpgAlors, ça fait quoi de se trouver à 45 mètres sous Frameries ? Sous les rues, sous vos jardins, sous vos maisons ? Voyez-vous, cette jonction souterraine n’est pas à proprement parler une galerie de mine. C’était un passage servant au transport du charbon. Aussi peut-on laisser de côté le poids douloureux qui pesait sur les épaules des mineurs de fond, pour s’en aller à rêver en toute simplicité – ne s’agit-il pas, après tout, d’un endroit auquel nul homme n’aurait jamais dû avoir accès : le ventre de la terre ?

    Tout d’abord, il y a les ténèbres. Voyez-vous, les ténèbres ont ceci de plus frappant que l’obscurité qu’elles résistent à tout éclairement. Le halo de la lampe de poche est à peine passé sur une paroi que les ténèbres se referment avec avidité, reprenant possession instantanée de leur antre éternelle. Les ténèbres ont une épaisseur : on pourrait presque les toucher. Elles rôdent autour du petit groupe cliquetant à la manière d’agiles chauves-souris.

    M.jpgPuis il y a la température. Contrairement à ce qu’on pourrait imaginer, à 45 mètres sous terre, il ne fait ni chaud ni froid. A vrai dire il fait frais. On n’est pas oppressé par le manque d’air, que du contraire : il y a même une petite bise absolument bienvenue.

    Il y a les matières. Celles, inlassablement identique, des murs qui, alors qu’on avance depuis des dizaines de minutes, donnent l’impression qu’on n’a pas fait un seul pas. Il y a des mares d’eau stagnante. Une eau blanche de calcaire ou rouge de fer. Sous les semelles, on rencontre un peu de boue, de la roche, du gravier - souvent on glisse sur un gros caillou. A l’approche du Grand-Trait, le sol se couvre d’une épaisse couche de charbon pulvérisé. On se croirait à marcher sur la lune. Au retour, cette poussière, ravivée par l’expédition, volète dans le rayon agacé des lampes-torches.

    Je me baisse, je ramasse un gros morceau de charbon (mes mains tachées de suie) et le glisse dans la poche arrière de mon pantalon (il ira au lavage). Un peu plus loin, un chariot. Un authentique wagonnet de mine, rouillé, remplit d’eau à ras bord, et qui monte silencieusement la garde. Encore quelques pas et voici quelques exemplaires de champignons de charbon_modifié-1.jpgbelle taille. Et puis, tout le long du trajet : des rails bien parallèles, parfois abîmés, souvent rouillés ou couvert de gravats, mais qui rappellent à chaque instant que la construction est d’origine humaine.

    Finalement, nonobstant le murmure permanent de mes équipiers qui discutent et s’étonnent, il y a ce silence profond, épais, qui attire aussi bien que le chant d'une sirène. D’une certaine manière, entrer ainsi dans la terre reste un voyage spirituel et intime. Une sorte de voyage dans le temps et l’espace. L’envie de s’asseoir, de s’isoler monte au cœur.

    Enfoui dans le ventre de la terre, notre mère, j'ai presque l’impression de rentrer chez moi.

  • l'Agrappe, 135 ans plus tard (3/4) : les machines s'arrêtent définitivement

    démolition du charbonnage de l'agrappe.jpgA l'occasion de l'hommage rendu aux mineurs de fond ce samedi à l'initiative du Syndicat d'initiative, sur le site du charbonnage de l'Agrappe, nous vous avons esquissé le portrait d'une rescapée (cliquez ici) ainsi qu'une brève relation des catastrophes qui émaillèrent la vie de ce site (cliquez ici). Pour ce troisième épisode, l'histoire va s'accélérer et rejoindre notre époque.

    Au puits de l'Agrappe, le dernier coup de grisou a eu lieu le 5 mai 1949 à 7h15. Un chef porion fut tué sur le coup, un ouvrier fut projheté jusque dans la rue, des peintres, occupé à la rénovation de bureaux voisins, furent gravement brûlés. Les maisons situées de l'autre côté de la rue Defuisseaux furent lézardées, comme sous l'impact d'un tremblement de terre ! Malgré tout, la fosse maudite repris du service 8 années supplémentaires... En 1962, le chassis à molettes de l'Agrappe s'écroula définitivement (photo 1: démolition de l'Agrappe, en 1962 / source).

    AGok.jpgAprès quelques espoirs de renouveau dans le cadre de l'installation de bureaux, ce fut la police qui, en 1972, vint occuper tout un secteur de l'Agrappe. L'article de presse que vous découvrirez ci-dessous, et datant de la fin des années 80, relatait l'intention de l'Administration Communale d'installer ses bureaux dans l'ancien bâtiment administratif du charbonnage (photo de droite). Le projet a par la suite été abandonné au profit du centre Archimède, toujours actif aujourd'hui. Les bureaux administratifs ont été démolis pour laisser place à un petit quartier d'habitations.

    AG.jpgAu final, la cour de l'Agrappe est devenue un coin de verdure au coeur de la Cité. On peut sans doute déplorer le manque, là, quelque part, d'une stèle, ou à tout le moins la présence d'un panneau rappelant que sous des mètres et des mètres de terre et de roche, des mineurs ont risqué leur vie lorsque l'industrialisation forcenée qui contribua à la forte identité du Borinage tout en semant le malheur parmi ses habitants. Après la tenue de ce premier hommage, on ne peut qu'espérer que le Syndicat d'Initiative ou l'Echevinat de la Mémoire formulera une proposition en ce sens.

    Demain, pour notre dernier épisode de cette série, nous irons à la rencontre du voisinage de la cour de l'Agrappe.

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  • archive: Le Biarritz à La Bouverie, cinéma n°1 du Hainaut !

    bia.jpgLe « Biarritz » s’annonçait d’emblée comme le cinéma n°1 du Hainaut (rien moins que ça !). On y allait en tram (ligne 2) – descente à l’arrêt « Champ Perdu ». Il était possible de téléphoner au cinéma en composant le 612-11.

    Pour une quinzaine de francs, en 1954, on pouvait y voir Bourvil dans « Cadet Rouselle » : des aventures comiques dans une mise en scène grandiose. Le film était projeté en superpanoramique en couleurs avec sonorama.

    Et pour tout ceux qui avaient vécu 14-18 et 40-45, il ne fallait pas rater « Les évadés » avec Pierre Fresnay. D’ailleurs, l’affiche renseigne : « toutes les mamans doivent montrer ce film à leurs enfants » !

    C'est qu'il y en a eu quelques-uns, par le passé, des cinémas de quartier, à Frameries et La Bouverie. Vous en souvenez-vous ?

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    (une archive tirée du Fonds d'Archives framerisoises Blogsquetia-Huart)