L'édito #8: rester assis au soleil

Il paraît que les beaux jours sont de retour !

Bien entendu on n’est pas encore tout à fait à l’abri d’un ouragan ou d’une tempête de neige. Mais tout de même : il paraît que les beaux jours sont de retour. Alors j’ai décidé de prendre le temps. Prendre le temps de passer un peu de temps. Simplement assis au soleil.

EDITO.jpgDans le parc de Frameries, le magnolia est en pleine floraison. La moitié des pétales tapisse d’un rose nacré un large cercle de pelouse. Un peu plus loin, on rénove les vespasiennes centenaires. Sur le chemin : un peu de boue. Pas grave : il a plu cette nuit. J’hésite. Il n’y a pas de banc ici. Irai-je m’asseoir au pied du monument aux morts ? Je décide d’aller un peu plus loin. Là, dans un ovale d’herbe étincelante: une large souche. Je m’assieds sur la souche. Et je reste là, simplement assis au soleil.

La lumière est jaune, chaude. Il y a un vent léger. Légèrement frais. Les corolles blanches des petites marguerites sauvages constellent les parterres de pelouse fraîchement tondus. Les cèdres du Liban, classés comme arbres remarquables, dressent leur silhouette qui est elle aussi tout à fait remarquable. La couleur de leurs aiguilles est indéfinissable. C’est un bleu-vert-gris cendré. Quand le vent agite leurs branches, on dirait qu’elles s’activent à scier des pans de ciel.

Je décide de m’approcher du hêtre pleureur qui se déploie majestueusement au centre du parc. Les branches sont couvertes d’une masse de bourgeons qui éclateront sans doute cette semaine. Il faudra revenir voir ça. Sur le tronc, en hauteur, quelqu’un a gravé un coeur. Je fais le tour de l’arbre et découvre d’autres inscriptions faites au canif : des croix, des prénoms illisibles, des figures géométriques. Dieu merci, rien d’obscène – si ce n’est, en hauteur, un petit « zizi » enfantin et défraîchi.

EDITO2.jpgJe retourne sur ma souche. La lumière a diminué. Sans soleil, il fait un peu plus frais. Derrière le long mur de vieilles briques : les façades arrières d’une longue rangée de maisons mitoyennes. Des fenêtres ouvertes, des tentures, des volets clos. Des toitures neuves et brillantes, d’autre ternes et moussues. On entend à peine les bruits de la route. Un monsieur en survêtement rouge promène tranquillement son chien. Le monsieur a les cheveux gris. Le chien tire sur sa laisse et l'entraîne sous le magnolia.

Ca fait déjà quelques semaines qu’on réentend les oiseaux chanter le matin. Des oiseaux, il paraît qu’il y en a de moins en moins. Il paraît aussi que comme on s’habitue, on ne s’en rend pas vraiment compte. Quand j’étais petit et que je partais en voiture avec mon père, les phares étaient piquetés de mouchettes et d’insectes. Ce n’est plus le cas aujourd’hui. Est-ce par ce que les insectes disparaissent ? Ou parce qu’ils ne sont pas convaincus par nos phares  xénon et LED ? Assis sur ma souche, j’entends chanter des oiseaux. Ils se trouvent plus loin. Juchés au sommet de la futaie qui longe le terrain de foot du RSB. Tiens ! Je n’avais jamais remarqué cet immense désespoir du singe à la chevelure foncée et hérissée de barbelés.

Le parc est paisible. Mais le soleil a définitivement disparu derrière un épais moutonnement de nuages blancs. Il faudra revenir. Se rasseoir sur la souche. Et se réenchanter définitivement des premiers rayons de soleil du printemps.

Stephen Vincke, votre blogueur "Blogsquetia".

 

Imprimer Catégories : édito

Les commentaires sont fermés.