• Noir Jaune Blues: "un espace de parole et de discussion"

    La semaine dernière, la diffusion du reportage Noir Jaune Blues faisait l'effet d'une bombe pour les uns, d'un pétard mouillé pour les autres. Une semaine plus tard, les esprits refroidis, nous avons demandé à l'auteur de l'article dans le quotidien Le Soir le journaliste Xavier Counasse, de répondre à quelques questions...

    Bonjour Xavier, voulez-vous nous dire quelques mots à propos de l'origine de cette chronique "Noir jaune blues" ?

    Si une équipe de journalistes de la RTBF et du Soir a posé ses valises à Frameries, c’est parce qu’il y a eu, en 2017, la publication d’une étude intitulée « Noir Jaune Blues ». Et pour bien comprendre la démarche, il faut nécessairement se replonger dans cette étude, pilotée par la fondation « Ceci n’est pas une crise », en partenariat avec Le Soir et la RTBF.

    Il s’agit d’une enquête menée sur un échantillon représentatif de 4.734 Belges basés en Communauté française, qui dépeint une société en crise profonde.

    Quelques exemples. 63% des sondés estiment que le système politique actuel est globalement en échec. 73% qu’il y a de plus en plus d’inégalités sociales en Belgique. La moitié des sondés affirme que leurs enfants bénéficieront de conditions de vie moins bonnes que celles dont ils ont bénéficié eux-mêmes.

    L’enquête Noir Jaune Blues pointe également le fait que la confiance à l’égard des institutions et des élites s’est effondrée. Le taux de confiance en la justice n’est plus que de 21%. On passe à 26% pour la confiance dans le Parlement. Et à 42% pour la presse. Des chiffres qui sont en (nette) baisse par rapport à une enquête similaire, menée vingt ans plus tôt, après la marche blanche.

    Les rédactions du Soir et de la RTBF ont donc souhaité apporter une suite à cette enquête. Et la décision qui a été prise est de partir à la rencontre de citoyens. De les écouter. De partager au plus près leur quotidien pendant sept mois. 15 communes de Bruxelles et de Wallonie ont été sélectionnées, avec pour seul but de rendre la parole à ces gens. D’écouter leurs critiques, leurs préoccupations. Parce que c’est cela aussi, le rôle de la presse.

    Voilà pourquoi après Malmedy, Verviers, Uccle, Jette, Grez-Doiceau et Braine-le-Comte, nous avons débarqué à Frameries. Et, pour prendre le temps de bien faire les choses, nous restons systématiquement 5 jours (et 4 nuits) sur place, auxquels s’ajoutent 5 jours de rédaction pour faire aboutir le reportage final.

    La diffusion du reportage a suscité beaucoup de réactions...

    Les reportages précédents ont également suscité quelques réactions. Notamment à Verviers. Mais c’est la première fois, à Frameries, que le bourgmestre porte l’affaire devant son conseil communal.

    Quelle était l'approche ?

    Notre but n’était donc pas de faire un portrait de la commune visitée. Ni de ses habitants. Mais bien de parler de problèmes sociétaux, épinglés dans Noir Jaune Blues, avec des citoyens à qui on donne trop rarement la parole. Et la commune de Frameries est l’une des étapes de notre parcours en 15 étapes.

    Comment les gens sont-ils choisis ?

    Il n’y a aucun critère de sélection. On laisse faire le hasard. C’est la beauté et le charme de l’exercice. En arrivant à Frameries, aucun rendez-vous n’avait été pris. Sur place, nous avons donc simplement interpellé des gens qui sortaient de chez eux. Nous sommes entrés chez quelques commerçants. Nous nous sommes laissé guider par les rencontres que nous avons pu faire à l’Académie de musique, dans le zoning industriel, sur la place du village, à la sandwicherie du coin, ou devant le CPAS. Et nous avons pris le temps de discuter avec chaque personne qui nous a ouvert sa porte.

    Le résultat final reflète le plus fidèlement possible la cinquantaine de témoignages récoltés. Où les gens rencontrés parlent principalement de questions sociétales comme l’emploi, le vivre ensemble, l’éducation, la confiance dans la politique. Le tout avec, comme toile de fond, le décor framerisois. Répétons-le, il ne s’agit pas d’une étude sociologique de la commune de Frameries, ou de ses habitants. Mais bien d’un espace de parole et de discussion offert aux citoyens dont on a croisé le chemin.

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