café framerisois #12 : café tourné (une bistouille dans la nuit)

La lune sort gracieusement de la couche de nuage et jette un œil blafard sur la scène qui se déroule 384.000 kilomètres plus bas.

Une heure du matin. La rue Donaire est en ébullition. Eclairagiste, décoratrice, cadreur, script, électro, machino, runner, photographe de plateau, maquilleuse : une petite armée est sur le pied de guerre.

Thermos à la main, une voisine surgit : je vous ai fait du café ! Une autre sort de sa maison : dites monsieur je peux éteindre maintenant ? Parce que j’ai treize ampoules allumées moi ! Francis, le cadreur, opine de la tête. L’assistant réalisateur rassure la dame et la raccompagne chez elle.

Moteur. Action ! Quelques voisins murmurent : ils sont aussitôt fusillés du regard.Grand silence sur le plateau. Dressé sur des mâts, l’éclairage violent troue l’obscurité. Minute surréaliste. L’équipe technique ne respire plus. Casque sur les oreilles, l’ingénieur du son est concentré. Les muscles du perchiste tressaillent un peu : il faut dire qu'on tourne non stop depuis 7 heures du matin. Un spectateur étouffe un bâillement. Un moteur dans le lointain. Coupé ! Relâchement.

Une voiture surgit, dépasse la barrière de sécurité. C’est Félix. Son coffre est bourré : bières, café, Cognac. Une assistante à l’ingénieur du son : tu veux un café alcoolisé ? Ici, madame, c’est Frameries. Et à Frameries on dit « une bistouille » !  Les techniciens profitent de la pause pour se regonfler à bloc. Quelques plaisanteries fusent. La fatigue est là, mais la concentration est optimale. On dormira après. Quinze jours d’affilée s’il le faut.

Un geste, un mot : on se réordonne. Pascal, l’assistant réalisateur, clape. Le réalisateur scrute son petit moniteur à l’image bleutée. Roméo, le petit héros, assis sur le pas de la porte, crayonne, tandis que, fermement cramponnée à ses rails, la caméra recule lentement dans l'obscurité. Tout le monde retient son souffle. Les regards convergent vers le réalisateur. Des reflets bleutés dansent au fond de ses yeux d’aigle. Clap de fin ! Applaudissements et re-bistouille. On se congratule. On siffle un dernier café.  

Un peu plus loin, Francisco Palomar et son frère Félix regardent sans un mot Roméo trottiner joyeusement sous le regard attentif de sa maman. Il y a dans l’atmosphère comme un air de déjà vu que séparent quarante années. 

Les techniciens remballent le matériel. Les autos démarrent. Un dernier signe de la main. Les lumières de la rue s’éteignent. Puis, tout aussi soudainement qu’elle était apparue, comme accompagnant de la main les cheveux d’un enfant, la lune disparaît dans les nuages.

Fondu au noir.

Robuste, acide, doux, ou amer, le « café framerisois » vous est servi chaque dimanche sur votre blog communal. Accompagné d’une photo, il raconte le Frameries d’aujourd’hui par petites touches sincères.

// dégustez les autres cafés framerisois en cliquant ici.

Écrire un commentaire

NB : Les commentaires de ce blog sont modérés.

Optionnel