L'édito #5: le retour des beaux jours, le garde, et les caisses à bananes

 J’étais accroupi, enfoncé de quelques mètres à peine dans un bois, aux confins de Sars-la-Bruyère. Une voiture arrive à vive allure sur les pavés, se gare sur le bas-côté. Un type en sort. Il est habillé en treillis. Ses bottes frappent durement le sol. Tandis que, téléphone en main, je filme les plus belles jonquilles que la création ait jamais produites, le type, les mains aux hanches, rugit (j’en tremble encore) : « Vous, je vous aime bien ».

Le type est garde, le garde du bois. Et le garde, donc, est fâché.

« Vous, vous faites juste des photos, alors je vous aime bien », répète-t-il comme pour me rassurer sur ses intentions.

C’est vrai qu’en arrivant, je m’étais étonné des nombreux véhicules maladroitement garés sur le bas-côté, dans l’herbe, la boue durcie, et les branchages. J’avais pensé, avec naïveté : il fait beau, les gens sont en promenade. « Non, fait le garde en levant les bras : ils viennent se servir ! Il y a quelques années encore, les jonquilles faisaient un vaste tapis… vous avez vu ? ». C’est vrai, cette année, le tapis est clairsemé. A ce train là, encore une paire d’ans et il n’y aura plus de jonquilles.

La cueillette des jonquilles est tolérée. Mais dans quelle mesure ?

Il y a le code forestier qui permet d’emporter ce qu’on peut prendre dans les mains. Mais avec une indication élastique comme celle-là, on peut aller de 3 tiges à un sacré paquet… Par contre il faut veiller à ne pas déterrer les bulbes. Et de toute manière une propriété privée reste une propriété privée (même si à cet égard, notre garde ne s’emble pas en faire un fromage). Au bout du spectre des possibles, il y a l’entassement de pauvres jonquilles dans des caisses à bananes qui transforme une cueillette privée en une entreprise commerciale et là, les agents de la Division Nature et Forêt peuvent intervenir et sanctionner... Mieux vaut le savoir.

Mais, bon, dans le fond, et parce qu’on papote entre nous : les jonquilles, est-il vraiment nécessaire de les cueillir ? Je veux dire : les jonquilles ne s’appartiennent-elles pas tout d’abord à elles-mêmes et à l’endroit qui les a vu éclore ? Les observer en famille, au détour d’une balade en vélo, contempler leurs jolies corolles bayer aux corneilles, et le soleil danser parmi les tiges et le feuillage… N’est-ce pas suffisant, pour célébrer la nature ?

Comme pour illustrer son propos, voilà qu’un véhicule se gare à quelques mètres de la voiture du garde. Un homme en sort. Il se jette lourdement dans le bois, et s’enfonce dans les taillis, sans aucun discernement.

« En voilà encore un qui croit que les jonquilles sont plus jaunes au milieu du bois! » maugrée notre garde qui, sans un au revoir, s’emploie à rejoindre l’individu à grandes enjambées.

Je le regarde s’éloigner.

J’ai filmé les fleurs, je les ai observées à loisir. Je regagne mon auto en prenant attention de zigzaguer entre les bouquets dorés.

Dans le sous-bois, la lumière du soleil danse entre les arbres. Les fleurs s’agitent avec légèreté. Et ça, c’est très très beau.


Un édito de Stephen Vincke, pour Blogsquetia, le blog de Frameries.

Commentaires

  • Très joli, merci.




    Plutôt "bayer aux corneilles" :-)

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