café framerisois (3) : le dernier café

Le dimanche retrouvez un nouveau rendez-vous hebdomadaire, sur votre blog communal: le "café framerisois". Un café parfois doux, parfois acide, parfois robuste pris en votre compagnie ici ou là, dans l'entité de Frameries.

Emile est tombé. Peu de temps avant je prenais le café avec Cédric. On parlait de l’avenir de la boucherie. Et puis Emile est tombé. Les bouchers sont des gens furieusement debout. Leur vie, fil d’acier tendu, est faite de précision et de force, de fierté et de victoires. On a étendu Emile. Le temps s’est immobilisé. Une sirène. Les urgentistes se précipitent. Dans la cour, ils s’affairent autour de la civière. Avez-vous mal au bras gauche ? Sa bouche est-elle tordue ? Une grosse fatigue ? Monsieur ? Monsieur !

Reprendre ses esprits. Verrouiller la porte. Mettre les viandes au frigo. Laisser un mot pour les clients. Quitter le tablier blanc et enfiler une veste. L’ambulance est partie en cahotant vers la rue Sainte Philomène, par le petit chemin tracé entre les jardins. Elle emmène Emile et Cédric, le père et le fils.

Je suis resté là, seul, dans l’arrière-cour, les bras ballants, le cœur tremblant. Une pensée froide et tranchante m’a traversé. Aveuglante comme le reflet d’un coup de poignard : un jour, pour vous comme pour moi, il y aura un dernier café*.

> ici, retrouvez les autres "cafés framerisois".

* Emile va mieux. Les vacances tombent bien : repos pour nos deux amis bouchers…

Les commentaires sont fermés.