20 avril 2014

éditorial de l’écureuil démasqué : à 45 mètres sous terre, rentrer chez soi

écureuil...jpgVendredi dernier, casqué, muni d’une torche, chaussé d’escarpins de ville (pas moyen de remettre la main sur ces fichues bottines !), me voici prêt à une plongée en apnée dans les eaux noires de l’Histoire du Borinage. Outre d’en tirer une vidéo qui est actuellement sur le banc de montage, je me suis promis d’essayer tant bien que mal de relater les sensations physiques et autres émotions qui restent malgré très difficile à transmettre par Internet interposé.

Mais d’abord : un petit bout d’histoire. Pour éviter d’exproprier de nombreux habitants ou de traverser par les voies classiques le populeux village de Frameries, la S.A. John Cockerill décida d’établir par voie souterraine une liaison directe en ligne droite entre les sièges n°3 Grant-Trait et n°10 Grisoeuil (Pâturages) et le nouveau lavoir du site du Crachet. Le tunnel, dont la plus grande profondeur (sous le Grand-Trait) est de 45 mètres (de la gnognote si on compare à la profondeur moyenne des puits d’extraction), fut mis en activité en 1955. A la fin des industries du charbon, on en bloqua l’accès, avant une longue torpeur que différents projets d’exploitation à des fins touristiques et de souvenirs ne sont jamais vraiment parvenus à troubler.

entréeCP.jpgAlors, ça fait quoi de se trouver à 45 mètres sous Frameries ? Sous les rues, sous vos jardins, sous vos maisons ? Voyez-vous, cette jonction souterraine n’est pas à proprement parler une galerie de mine. C’était un passage servant au transport du charbon. Aussi peut-on laisser de côté le poids douloureux qui pesait sur les épaules des mineurs de fond, pour s’en aller à rêver en toute simplicité – ne s’agit-il pas, après tout, d’un endroit auquel nul homme n’aurait jamais dû avoir accès : le ventre de la terre ?

Tout d’abord, il y a les ténèbres. Voyez-vous, les ténèbres ont ceci de plus frappant que l’obscurité qu’elles résistent à tout éclairement. Le halo de la lampe de poche est à peine passé sur une paroi que les ténèbres se referment avec avidité, reprenant possession instantanée de leur antre éternelle. Les ténèbres ont une épaisseur : on pourrait presque les toucher. Elles rôdent autour du petit groupe cliquetant à la manière d’agiles chauves-souris.

M.jpgPuis il y a la température. Contrairement à ce qu’on pourrait imaginer, à 45 mètres sous terre, il ne fait ni chaud ni froid. A vrai dire il fait frais. On n’est pas oppressé par le manque d’air, que du contraire : il y a même une petite bise absolument bienvenue.

Il y a les matières. Celles, inlassablement identique, des murs qui, alors qu’on avance depuis des dizaines de minutes, donnent l’impression qu’on n’a pas fait un seul pas. Il y a des mares d’eau stagnante. Une eau blanche de calcaire ou rouge de fer. Sous les semelles, on rencontre un peu de boue, de la roche, du gravier - souvent on glisse sur un gros caillou. A l’approche du Grand-Trait, le sol se couvre d’une épaisse couche de charbon pulvérisé. On se croirait à marcher sur la lune. Au retour, cette poussière, ravivée par l’expédition, volète dans le rayon agacé des lampes-torches.

Je me baisse, je ramasse un gros morceau de charbon (mes mains tachées de suie) et le glisse dans la poche arrière de mon pantalon (il ira au lavage). Un peu plus loin, un chariot. Un authentique wagonnet de mine, rouillé, remplit d’eau à ras bord, et qui monte silencieusement la garde. Encore quelques pas et voici quelques exemplaires de champignons de charbon_modifié-1.jpgbelle taille. Et puis, tout le long du trajet : des rails bien parallèles, parfois abîmés, souvent rouillés ou couvert de gravats, mais qui rappellent à chaque instant que la construction est d’origine humaine.

Finalement, nonobstant le murmure permanent de mes équipiers qui discutent et s’étonnent, il y a ce silence profond, épais, qui attire aussi bien que le chant d'une sirène. D’une certaine manière, entrer ainsi dans la terre reste un voyage spirituel et intime. Une sorte de voyage dans le temps et l’espace. L’envie de s’asseoir, de s’isoler monte au cœur.

Enfoui dans le ventre de la terre, notre mère, j'ai presque l’impression de rentrer chez moi.

l'Agrappe, 135 ans plus tard (3/4) : les machines s'arrêtent définitivement

démolition du charbonnage de l'agrappe.jpgA l'occasion de l'hommage rendu aux mineurs de fond ce samedi à l'initiative du Syndicat d'initiative, sur le site du charbonnage de l'Agrappe, nous vous avons esquissé le portrait d'une rescapée (cliquez ici) ainsi qu'une brève relation des catastrophes qui émaillèrent la vie de ce site (cliquez ici). Pour ce troisième épisode, l'histoire va s'accélérer et rejoindre notre époque.

Au puits de l'Agrappe, le dernier coup de grisou a eu lieu le 5 mai 1949 à 7h15. Un chef porion fut tué sur le coup, un ouvrier fut projheté jusque dans la rue, des peintres, occupé à la rénovation de bureaux voisins, furent gravement brûlés. Les maisons situées de l'autre côté de la rue Defuisseaux furent lézardées, comme sous l'impact d'un tremblement de terre ! Malgré tout, la fosse maudite repris du service 8 années supplémentaires... En 1962, le chassis à molettes de l'Agrappe s'écroula définitivement (photo 1: démolition de l'Agrappe, en 1962 / source).

AGok.jpgAprès quelques espoirs de renouveau dans le cadre de l'installation de bureaux, ce fut la police qui, en 1972, vint occuper tout un secteur de l'Agrappe. L'article de presse que vous découvrirez ci-dessous, et datant de la fin des années 80, relatait l'intention de l'Administration Communale d'installer ses bureaux dans l'ancien bâtiment administratif du charbonnage (photo de droite). Le projet a par la suite été abandonné au profit du centre Archimède, toujours actif aujourd'hui. Les bureaux administratifs ont été démolis pour laisser place à un petit quartier d'habitations.

AG.jpgAu final, la cour de l'Agrappe est devenue un coin de verdure au coeur de la Cité. On peut sans doute déplorer le manque, là, quelque part, d'une stèle, ou à tout le moins la présence d'un panneau rappelant que sous des mètres et des mètres de terre et de roche, des mineurs ont risqué leur vie lorsque l'industrialisation forcenée qui contribua à la forte identité du Borinage tout en semant le malheur parmi ses habitants. Après la tenue de ce premier hommage, on ne peut qu'espérer que le Syndicat d'Initiative ou l'Echevinat de la Mémoire formulera une proposition en ce sens.

Demain, pour notre dernier épisode de cette série, nous irons à la rencontre du voisinage de la cour de l'Agrappe.

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archive: Le Biarritz à La Bouverie, cinéma n°1 du Hainaut !

bia.jpgLe « Biarritz » s’annonçait d’emblée comme le cinéma n°1 du Hainaut (rien moins que ça !). On y allait en tram (ligne 2) – descente à l’arrêt « Champ Perdu ». Il était possible de téléphoner au cinéma en composant le 612-11.

Pour une quinzaine de francs, en 1954, on pouvait y voir Bourvil dans « Cadet Rouselle » : des aventures comiques dans une mise en scène grandiose. Le film était projeté en superpanoramique en couleurs avec sonorama.

Et pour tout ceux qui avaient vécu 14-18 et 40-45, il ne fallait pas rater « Les évadés » avec Pierre Fresnay. D’ailleurs, l’affiche renseigne : « toutes les mamans doivent montrer ce film à leurs enfants » !

C'est qu'il y en a eu quelques-uns, par le passé, des cinémas de quartier, à Frameries et La Bouverie. Vous en souvenez-vous ?

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(une archive tirée du Fonds d'Archives framerisoises Blogsquetia-Huart)

opération "oeufs de Pâques" 2014

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19 avril 2014

hommage aux mineurs à 15h !

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18 avril 2014

ce samedi: les cloches passent à Eugies !

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l'Agrappe, 135 ans plus tard (2/4) : un martyrologue sans fin

AGG2.jpgLe plus ancien coup de grisou dont on ait conservé le souvenir se produisit en 1589 au Trou Moreau à Frameries. Il fit 6 morts. En 1582, une galerie s'emplit d'eau à la veine Picarte: il s'agira cette fois de 6 noyés. Car, au fond de la mine, on peut périr de bien des manières: noyade, incendie, éboulement, explosion, asphyxie... de toute évidence, le sous-sol borain n'est vraiment pas fait pour favoriser la vie humaine.

La commune de Frameries a, quant à elle, payé, au fil du temps, un des plus lourds tribus à l'industrie houillère. Concentrons-nous sur les tristements connues fosses de l'Agrappe. En 1758, en 1789: un incendie y éclate. De 1778 à 1790, la Compagnie de l'Agrappe fait savoir que ses fosses ont connu plus de trente fois les ravages du grisou. Le 16 janvier 1855 il y eut encore 4 tués et un blessé au puits n°9 de l'Agrappe. Le 12 janvier 1864, c'est au puits n°3 que 10 ouvriers périrent dans un coup de grisou - pour 17 blessé ! En 1874: 7 personnes sont tuées au puits n°2... Le martyrologue est sans fin !

AGG3.jpgLe 16 décembre 1875 fut une date tragique (une de plus !) dans l'histoire de cette exploitation. Le jour précédent, des ouvriers avaient lu une lugubre inscription marquée à la craie sur le flanc d'un chariot: "demain tout sautera". En effet, le lendemain, à 8h30, tout sautait à 520 mères de profondeur. 200 ouvriers étaient au fond en cette heure tragique. Douze heures plus tard, 50 corps sans vie étaient déjà remontés. Il y eut, en tout, 112 tués, dont 100 framerisois. On retrouva les corps enlacés d'un père et de ses deux fils. Huit mois après la tragédie, un nouveau coup de grisou ôtait la vie à 4 mineurs supplémentaires, dans le même puits.

Vint enfin le 17 avril 1879 - dont nous commémorerons les 135 ans demain, à 15h, à la cour de l'Agrappe - date du tristement célèbre "volcan de l'Agrappe". A 7h30 du matin, on remarqua qu'une "mauvaise odeur" se dégageait de la fosse. Une formidable explosion retentit aussitôt, provenant de la veine Epuisoire à 610 mètres de profondeur, projetant dans les galeries, dans le chantier, quelques 4.200 hectolitres de charbon pulvérisé. Le grisou alla s'allumer au poêle de la salle de la machines d'extraction. Le châssis à molette fut brisé. Une flamme haute de 80 mètres AGG1.jpgs'éleva au milieu d'un intense dégagement de fumées noires. Dans les heures qui suivirent la catastrophe, si l'on vit émerger des rescapés ahuris et blessés (lire ici l'odyssée de Louise Ledune) il y eu 121 morts - de nombreux corps restèrent à jamais enfouis dans les profondeurs de l'abysse dévoreuse d'hommes.

A l'annonce de cette terrible infortune, le roi Léopold II adressa une somme de 5000 francs (de l'époque) aux familles en deuil, ainsi qu'un télégramme renseignant sa profonde émotion. 

17 avril 2014

l'Agrappe, 135 ans plus tard (1/4) : la rescapée du volcan de l'Agrappe

GRI.jpgLe 17 avril 1879, une explosion d'une violence extrême et sans précédent dans l'histoire des mines se produisait dans la veine Epuisoire. Cette catastrophe allait rapidement se faire connaître sous le nom terrifiant du volcan de l'Agrappe qui coûta la vie à 121 mineurs !

Louise Ledune avait 20 ans en 1879. On la ramena au jour le 20 avril, après trois jours passés à errer à 600 mètres sous le plancher des vaches, dans l'obscurité et le froid. Comme les volets étaient fermés chez elle, on l'avait cru morte. Voici son histoire, d'après son propre témoignage, recueilli dans l'ouvrage "Le grisou", d'Emmanuel Laurent.

Louise Ledune (voir photo de droite) était sclauneuse et travaillait au charbonnage depuis l'âge de 11 ans. Elle habitait La Bouverie. Le 17 avril, elle commence sa journée à 4 heures du matin, dans la veine Picarte, à 610 mètres sous le sol. Vers 7h10 elle entendit un bruit sourd, tandis qu'un leduneok.jpgdéplacement d'air la projetait au sol. Elle se relève et constate qu'elle porte une plaie affreuse au côté gauche. Un petit groupe se forme. On prie. Dans le lointain des galeries, on entend pas moins d'une trentaine d'explosions. Le groupe tente de remonter, mais un éboulement se produit et Louise est grièvement blessée à la tête (des années plus tard enlle montrera à l'auteur du livre une cicatrice bleuâtre de 20 centimètres). Perdant son sang, Louise suit le groupe avec difficulté. Plus loin on dort un peu. Plus loin, l'odeur est telle qu'un des mineurs murmure lugubrement: "Il doit y a voir un cimetière, là-derrière". On prie de plus belle. on avance. Mais sait-on vraiment où on va ? Miracle: on entend les sauveteurs. Il est temps car le feu n'est pas loin et l'eau, qui a envahi les galeries les plus profondes, remonte dangereusement ! "Vous serez libre dans une demi-heure", leur crie-t-on. Il faudra pourtant attendre jusqu'au lendemain car un éboulement entrave l'action des sauveteurs. Louise sort enfin de la mine. Les vêtements déchirés, elle est quasiment nue. On lui prête un gilet. Elle est tellement sale, décomposée, que son propre père ne la reconnaît pas. l'homme finit par lâcher un émouvant "C'est m'fille; c'est bié li !". En rentrant chez elle, blessé, épuisée, une dernière surprise l'attend. On l'avait cru morte: un cercueil l'attendait déjà.  

AG.jpgQuel témoignage ! Quel caractère ! Qui de nous s'en serait sorti ? N'avons-nous pas l'air de petits enfants fragiles face à cette archétype de la grand-mère boraine ? Et à l'Agrappe (voir photo de gauche) qui sait encore, aujourd'hui, que sous cette étendue d'herbe heureusement préservée, sous les roues des vélos qui pratiquent l'acrobatie, se trouvent encore le coeur palpitant du souvenir de tant de sacrifiés ?

C'est sans doute dans l'optique d'un électrochoc citoyen et historique que le Syndicat d'Initiative de Frameries propose, ce samedi, un hommahe exceptionnel :

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Brother Ink: un nouveau salon de tatouage à Frameries

BI.jpgUn nouveau salon de tatouage et piercing s'est installé dans la rue des Alliés. Il s'appelle "Brother Ink".

Nous aurons prochainement l'occasion de faire connaissance avec le tatoueur à l'occasion d'un petit article ! ;) 

 

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